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IPE — la dangerosité du monoxyde de dihydrogène

IPE — la dangerosité du
monoxyde de dihydrogène

01.04.2019

Les CFF, la SSR ou l’UBS : toutes les personnes ayant un lien avec la Suisse connaissent ces acronymes. Il s’agit de mots formés à partir des initiales de plusieurs termes afin de faciliter la communication. Celui qui les utilise est immédiatement identifié comme initié. Celui qui demande leur signification révèle aussitôt son ignorance.

L’IPE, pour Immersion Pulmonary Edema (œdème pulmonaire d’immersion), est un terme de ce type. Ces derniers mois, il est apparu à de nombreuses reprises dans la littérature de médecine du sport et de médecine de plongée. Il désigne un œdème pulmonaire qui survient lors de l’immersion dans l’eau — ce qui se produit notamment lors de la natation, du snorkeling et de la plongée.

Quelques notions d’anatomie

Avant d’entrer dans les détails, intéressons-nous d’abord à l’œdème pulmonaire en général.

Les poumons occupent les parties gauche et droite de la cage thoracique. Ils sont entourés par la plèvre et les côtes, et séparés de l’abdomen par le diaphragme. Dans les poumons, l’oxygène de l’air inspiré passe dans le sang, tandis que le dioxyde de carbone produit par le métabolisme est rejeté dans l’air expiré.

Les quelque 200 à 300 millions d’alvéoles pulmonaires augmentent la surface d’échange à plusieurs centaines de mètres carrés. Ces membranes extrêmement fines sont remarquablement conçues : certains gaz peuvent les traverser, mais pas les liquides. C’est au niveau des alvéoles que s’effectuent les échanges gazeux. Le sang enrichi en oxygène est ensuite pompé dans la circulation générale par l’oreillette et le ventricule gauches.

Nous savons tous que les liquides n’ont rien à faire dans les poumons. Une éclaboussure d’eau lors du changement de détendeur ou une fausse route provoquent immédiatement une forte quinte de toux.

Qu’est-ce qu’un œdème pulmonaire ?

Le terme « œdème » désigne une accumulation anormale de liquide dans les tissus. Un œdème pulmonaire correspond donc à une augmentation de la quantité d’eau présente dans les poumons. Dans la plupart des cas, il n’est pas causé par l’inhalation d’eau, mais par des troubles de la circulation sanguine, le plus souvent liés à une maladie cardiaque.

Quelle qu’en soit la cause, un œdème pulmonaire entraîne généralement un essoufflement, de la toux et parfois des expectorations mousseuses teintées de sang.

Les plongeurs étant soumis à un examen médical, ils ne devraient théoriquement pas développer d’œdème pulmonaire. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. L’IPE — appelé SIPE (Swimming Induced Pulmonary Edema) chez les nageurs — peut également toucher des personnes jeunes, sportives et en bonne santé.

Première description dans les années 1980

L’IPE a été décrit pour la première fois dans les années 1980. Un plongeur ressent un essoufflement et une irritation des voies respiratoires pendant la plongée. Une fois remonté à la surface, il constate à terre des expectorations mousseuses et sanguinolentes. Jusque-là en parfaite santé, il consulte un hôpital où une radiographie révèle une accumulation de liquide dans les poumons.

Une maladie de décompression pulmonaire (« chokes ») est alors considérée comme très improbable. Pendant que les médecins cherchent une explication, l’état du patient s’améliore spontanément. Il quitte finalement l’hôpital en bonne santé.

Quelle est la fréquence du phénomène ?

Ces observations se sont multipliées au fil des années. Des plongeurs sportifs, professionnels et militaires, mais aussi des nageurs, des triathlètes et des pratiquants de snorkeling ont été concernés.

Les chiffres précis sont difficiles à obtenir. Selon les études, la fréquence est estimée entre un peu plus de 1 % et environ 7 % des activités aquatiques. Ces données proviennent principalement de questionnaires.

Quelques constats intéressants

  • La température de l’eau joue un rôle important : plus l’eau est froide, plus le risque augmente.
  • La profondeur n’a pas d’influence significative (ce qui est cohérent, puisque l’IPE touche également les nageurs de surface).
  • L’effort physique est déterminant : plus il est intense, plus le risque est élevé.
  • Le port d’une combinaison humide est associé à un risque accru d’IPE.
  • Les personnes jeunes comme âgées, les hommes comme les femmes peuvent être touchés.
  • Point commun à tous les cas : les symptômes disparaissent généralement après environ 48 heures.

Que se passe-t-il exactement ?

Les experts ne le savent pas encore avec précision. Ils supposent toutefois que la pression exercée par l’eau environnante — même lors de la nage en surface — favorise le retour du sang depuis la périphérie du corps vers le cœur et augmente ainsi la pression dans les capillaires pulmonaires. Il en résulte une accumulation de liquide sanguin, une augmentation de la perméabilité des vaisseaux et un passage d’eau dans les alvéoles pulmonaires.

Ce phénomène est renforcé par la position du corps. Sur terre, nous sommes en position verticale, avec une différence de pression correspondant à plus d’un mètre de colonne d’eau entre les pieds et la cage thoracique. Cette différence disparaît lorsque nous sommes allongés dans l’eau, ce qui accentue encore le retour veineux. À cela s’ajoutent l’eau froide, une combinaison trop serrée ainsi que des mouvements respiratoires rapides et puissants lors d’un effort physique.

Ce que nous pouvons en retenir

  • Entretenir une bonne condition physique afin que le cœur puisse gérer l’augmentation du volume de liquide.
  • Faire traiter correctement les maladies cardiaques et pulmonaires.
  • Demander un avis en médecine de plongée pour déterminer si les activités aquatiques sont adaptées à sa situation personnelle.
  • L’eau froide constitue un facteur de risque. Les plongeurs peuvent utiliser une combinaison étanche ou un gilet chauffant, alors que les nageurs disposent de moins d’options.
  • Adapter l’intensité de l’effort à sa condition physique : les plongées tranquilles sont moins risquées.

Situations particulières

L’IPE peut parfois n’affecter qu’un seul poumon, par exemple chez les nageurs qui évoluent en position latérale dans l’eau. Les plongeurs utilisant un recycleur avec des contre-poumons placés dans le dos semblent également davantage exposés. Un réglage inadéquat de l’ADV (Automatic Diluent Valve) augmente en outre le risque.

Que faire en cas d’IPE ?

En cas d’essoufflement ou de toux :

  • interrompre immédiatement l’activité et regagner la terre ferme ;
  • administrer de l’oxygène si possible ;
  • retirer tout équipement ou vêtement compressif ;
  • adopter une position assise si l’état le permet.

En présence de symptômes sévères, il convient d’appeler les secours. Une courte hospitalisation est généralement nécessaire.

À l’hôpital, une radiographie ou un scanner permettent de confirmer le diagnostic. Des médicaments peuvent être administrés temporairement afin d’accélérer l’élimination du liquide par l’organisme. Il est ensuite recommandé de rechercher d’éventuels problèmes de santé susceptibles d’augmenter le risque d’IPE.

La littérature scientifique ne permet pas encore d’affirmer avec certitude qu’une personne ayant déjà présenté un IPE présente un risque accru de récidive.

L’eau n’est donc pas seulement un élément dangereux de l’extérieur — avec le risque de noyade — mais aussi de l’intérieur. Avec l’augmentation du nombre de personnes pratiquant des activités aquatiques, l’IPE fera certainement l’objet d’une attention croissante.

Et pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué : l’expression chimique mentionnée dans le titre ne désigne rien d’autre que le H₂O, autrement dit… de l’eau.

Article original : NEREUS 2-2019. Texte : Dr méd. Beat Staub — spécialiste FMH en médecine générale, Diving Medicine Physician. www.suhms.org

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Article original

NEREUS 2-2019
Texte : Dr méd. Beat Staub — spécialiste FMH en médecine générale, Diving Medicine Physician. www.suhms.org

FAQ

Qu’est-ce qu’un IPE (Immersion Pulmonary Edema) ?

Un IPE est un œdème pulmonaire qui peut survenir pendant ou après une activité dans l’eau. Du liquide s’accumule dans les poumons, ce qui peut provoquer un essoufflement, de la toux et une diminution des performances physiques. Les nageurs, les pratiquants de snorkeling et les plongeurs peuvent être concernés.

Comment reconnaître un IPE ?

Les signes typiques sont un essoufflement soudain, de la toux, une sensation d’oppression thoracique et une baisse inattendue des performances pendant l’activité aquatique. Dans certains cas, des expectorations mousseuses ou légèrement teintées de sang peuvent apparaître.

Qui peut être touché par un IPE ?

Pas uniquement les personnes souffrant de maladies préexistantes. Un IPE peut également survenir chez des personnes en bonne santé et physiquement actives. Les femmes comme les hommes, ainsi que les sportifs aquatiques jeunes ou plus âgés, peuvent être concernés.

Pourquoi ce sujet concerne-t-il aussi les plongeuses et les plongeurs ?

Une difficulté respiratoire sous l’eau peut rapidement devenir une situation dangereuse. Les plongeurs qui connaissent les symptômes d’un IPE et réagissent rapidement peuvent réduire considérablement les risques pour eux-mêmes et pour leurs partenaires de plongée.

Que signifie exactement « monoxyde de dihydrogène » ?

Ce terme paraît inquiétant, mais il ne désigne rien d’autre que le H₂O, c’est-à-dire l’eau. Le titre de l’article joue volontairement avec cette appellation scientifique afin d’attirer l’attention sur les risques souvent sous-estimés liés à l’eau et aux sports aquatiques.

Quels facteurs augmentent le risque d’IPE ?

Parmi les facteurs de risque connus figurent l’eau froide, un effort physique intense, une combinaison de plongée trop serrée, certaines maladies cardiaques ou pulmonaires ainsi que certains facteurs liés à l’équipement ou à la configuration utilisée en plongée.

Un IPE peut-il disparaître de lui-même ?

Oui. Dans de nombreux cas, les symptômes disparaissent en l’espace d’environ 48 heures. Toutefois, une évaluation médicale reste recommandée, car des symptômes similaires peuvent également être liés à d’autres maladies potentiellement graves.

Extrait de NEREUS 2-2019

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Dihydrogenmonoxid136,6 KOPDF