La célèbre bière de décompression est bien connue dans le monde de la plongée. Bien qu’elle n’ait aucun lien avec la maladie de décompression, elle fait partie, pour beaucoup de plongeuses et plongeurs, du plaisir qui suit une belle immersion. Mais le chocolat ?
Oui, le chocolat aurait lui aussi un lien avec la plongée. Il pourrait même être particulièrement bénéfique pour les plongeuses et plongeurs.
Dans la revue scientifique Diving and Hyperbaric Medicine — publication officielle des sociétés européennes et pacifiques de médecine subaquatique et hyperbare — une étude consacrée aux effets du chocolat en plongée a été publiée. Il ne s’agissait pas d’une plaisanterie, mais d’une véritable recherche scientifique.
Ce que nous supposons généralement en plongée
Nous partons généralement du principe que la formation de bulles d’azote dépend uniquement du temps, de la profondeur et du gaz respiré. Le modèle mathématique peut être calculé : tables, ordinateur de plongée, notions apprises dès les premiers cours. Haldane, puis plus tard Bühlmann et Keller, nous ont montré que cela fonctionne. La plupart du temps, du moins.
Mais qui renseigne dans son ordinateur de plongée sa taille, son poids, la température ambiante, son état d’entraînement ou la quantité de liquide consommée ? Toutes ces variables restent inconnues de l’ordinateur, alors qu’elles peuvent avoir une influence importante sur le risque de décompression. Au final, l’ordinateur ne nous fournit qu’un modèle auquel nous correspondons plus ou moins.
C’est ainsi que surviennent parfois des accidents de décompression chez des plongeurs qui, selon leur ordinateur, avaient tout fait correctement : la fameuse « maladie de décompression imméritée ». Comme l’a récemment résumé un médecin de plongée renommé : le problème est que nous croyons souvent savoir avec certitude des choses que nous ne comprenons en réalité qu’imparfaitement.
L’endothélium – une couche sous-estimée
Le risque d’accident de décompression ne dépend pas uniquement de la quantité d’azote présente dans l’organisme et des variations de pression (notamment du gradient M). Il dépend également du comportement de l’azote dans la circulation sanguine et de la capacité des bulles à passer des petits vaisseaux sanguins vers les tissus. Certaines personnes semblent plus sujettes à la formation de bulles que d’autres, tandis que certaines présentent de nombreuses bulles détectables sans jamais développer de maladie de décompression.
Les parois des vaisseaux sanguins — les capillaires — sont constituées de plusieurs couches. La plus interne est appelée endothélium. On peut l’imaginer comme une couche de fines cellules plates fixées sur un support. Contrairement à un simple revêtement de cuisine, ces cellules sont vivantes et extrêmement actives : elles régulent le diamètre des vaisseaux, la pression artérielle, la coagulation du sang et la dissolution des caillots. Il s’agit d’un système gigantesque : environ 10¹³ cellules endothéliales, pour un poids total d’environ 1,5 kg et une surface globale d’environ 6000 m².
La substance la plus importante libérée par l’endothélium est le monoxyde d’azote (NO). Dans la vie courante, certains connaissent cette molécule grâce aux médicaments utilisés dans le traitement des troubles de l’érection (par exemple le Viagra®).
Quand le chocolat entre en scène
Des études antérieures ont montré que les polyphénols — une famille de molécules présentes notamment dans le vin rouge, le thé vert ou le cacao — influencent le fonctionnement de l’endothélium.
Les auteurs de l’étude se sont donc demandé si les polyphénols du cacao, consommés sous forme de chocolat, pouvaient entraîner des modifications mesurables au niveau des capillaires.
L’étude a été menée auprès de 42 plongeurs sportifs masculins, tous expérimentés et non-fumeurs. Les chercheurs ont évalué avec précision leur système vasculaire et plusieurs paramètres sanguins. Les participants ont ensuite été répartis en deux groupes : l’un a reçu 30 g de chocolat noir (86 % de cacao) 90 minutes avant la plongée, l’autre rien du tout. La plongée s’est déroulée en piscine couverte, à une profondeur de 33 m, dans des conditions confortables et avec de l’air comprimé. Les mesures ont ensuite été répétées après la plongée.
Chez les plongeurs n’ayant reçu aucun chocolat, les chercheurs ont constaté une diminution de la circulation sanguine ainsi qu’une dégradation de certains paramètres biologiques. Chez les plongeurs ayant consommé du chocolat, une meilleure circulation sanguine a été observée après la plongée.
Ces résultats, associés à l’absence de modification des analyses sanguines, suggèrent que certains composants du chocolat améliorent la fonction endothéliale. Ils semblent influencer le métabolisme de l’azote, réduire la charge imposée au cœur et au système cardiovasculaire et diminuer potentiellement le risque de maladie de décompression.
DAN a pris le sujet au sérieux
L’enthousiasme a même temporairement gagné DAN (Divers Alert Network). Pendant un certain temps, la boutique en ligne de DAN proposait un chocolat dont la teneur en cacao correspondait à celle utilisée dans l’étude, avec des portions de 30 g.
Ce que nous ne savons pas encore
Cette étude soulève plusieurs questions :
- Une quantité plus importante de chocolat serait-elle encore plus efficace ? (Même si le chocolat à 86 % de cacao n’est pas forcément un plaisir gustatif pour tout le monde.)
- Le mécanisme fonctionne-t-il également lors de plongées plus profondes ou nécessitant des paliers ?
- Quel est l’effet avec d’autres gaz respiratoires (Nitrox, Trimix) ?
- Que se passe-t-il dans une eau plus froide ?
- Les résultats peuvent-ils être transposés aux femmes ?
Pour l’instant, cette étude nous apprend seulement que le chocolat noir avant une plongée pourrait être bénéfique. Il ne constitue toutefois pas une protection suffisante contre les contraintes cardiovasculaires liées à la plongée. Il serait prématuré d’en conclure qu’il protège contre la maladie de décompression.
En cas d’utilisation régulière de cette astuce chocolatée, il convient néanmoins de surveiller ses éventuels effets sur l’hydrodynamisme du plongeur.
Ce qu’il faut retenir
Cette étude montre de manière impressionnante qu’il reste encore beaucoup à découvrir concernant les effets de la plongée sur le système cardiovasculaire et les mécanismes de formation des bulles. La plongée ne relève pas uniquement de la physique, mais aussi de processus biochimiques extrêmement complexes et encore largement méconnus. Les ordinateurs de plongée et leurs modèles constituent des outils sophistiqués, mais ne représentent qu’une approximation partielle de la réalité physiologique.
Nous pouvons continuer à apprécier notre bière de décompression après une belle plongée. À ma connaissance, aucune étude n’a démontré un effet bénéfique des bulles ou de la mousse sur l’azote présent dans l’organisme. Mais partager un moment convivial avec ses partenaires de plongée et compléter son carnet reste un plaisir indéniable.
Encore mieux : bien s’hydrater avant la plongée (sans alcool !) et éviter de fumer. La cigarette ne protège définitivement pas contre l’azote.
À noter également que l’utilisation du Viagra® pour prévenir la maladie de décompression n’a été étudiée que de manière très incomplète. Administrées avant la plongée dans des modèles animaux, ces substances semblent augmenter le risque. Utilisées après la plongée, certains effets favorables sont envisagés. Comme toujours en matière de médicaments : consultez une médecin ou un médecin spécialisé en médecine de plongée.
