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Une vie dans une bulle d’air

Une vie dans une bulle d’air

13.03.2026

Sous la surface, dans les zones riveraines des lacs peu profonds, des étangs permanents et des marais riches en plantes aquatiques, vit l’araignée d’eau, présente de l’Europe jusqu’en Asie. Elle apprécie aussi les ruisseaux à faible courant. L’eau ne doit toutefois pas être trop riche en nutriments ; c’est pourquoi le lisier et les pesticides lui ont nui dans nos régions. Dans ces eaux peu profondes, Argyroneta aquatica, son nom scientifique, s’est parfaitement adaptée à un milieu de vie inhabituel et en soi hostile pour une araignée.

L’araignée d’eau a besoin d’air pour respirer. Elle le prélève à la surface en sortant son abdomen de l’eau. D’un mouvement brusque, elle replonge ensuite. Une bulle d’air reste alors « accrochée » à son abdomen, lui permettant de respirer sous l’eau. Cette bulle se forme grâce à la pilosité dense de son abdomen : des forces d’adhésion retiennent l’air lors de l’immersion. Comme cette couche d’air apparaît argentée, l’araignée est aussi appelée « araignée d’argent ». Lorsqu’elle nage, elle doit lutter contre la poussée de la bulle et préfère donc se déplacer le long des plantes aquatiques pour économiser de l’énergie. Si elle nage en pleine eau, elle le fait le plus souvent sur le dos.

Pour s’approvisionner en air, elle va encore plus loin : sous l’eau, elle construit entre les plantes une structure de fils de soie. Une fois le « plafond » terminé, elle remonte chercher de l’air, qu’elle ramène sous forme de bulle entre ses pattes arrière. Elle dépose cette bulle sous la structure, formant peu à peu une véritable cloche de plongée. Elle répète ce processus plusieurs fois jusqu’à obtenir une chambre d’air stable. Cette « pièce » lui sert de refuge pour vivre, se reproduire, pondre et muer.

Pendant longtemps, les scientifiques pensaient que l’araignée devait remonter plusieurs fois par heure pour renouveler l’air. En 2011, des chercheurs ont démontré qu’elle peut rester toute une journée dans sa cloche. Grâce à un faible métabolisme et à des processus physiques, l’oxygène diffuse depuis l’eau vers la bulle, tandis que l’azote s’échappe lentement. La bulle diminue alors de volume, et l’araignée la regonfle régulièrement avec de l’air frais.

Une fois sa cloche prête, elle chasse des petits crustacés et insectes aquatiques. Elle installe des fils de détection : dès qu’une proie les touche, elle attaque rapidement et l’emmène dans sa cloche pour la consommer.

Lors de la reproduction, le mâle rejoint la cloche de la femelle. Contrairement à une idée répandue, la femelle ne dévore pas le mâle après l’accouplement.

Elle construit ensuite une cloche spéciale pour ses œufs, jusqu’à une centaine. Les jeunes s’y développent avant de devenir indépendants après plusieurs mues.

Text: Roger Sidler
Foto: Stefan K. Hetz

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